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Connaissez-vous réellement Fernand Khnopff ?

Ses œuvres peuplent les galeries de nombreux musées en Belgique et de l’étranger.

Et pourtant,  100  ans après sa mort, l’aura du peintre reste emplie de mystère.

C’est sans doute l’un des plus grands peintres belges.

On dit de lui qu’il aurait inspiré les meilleurs de ses pairs, de Klimt à Magritte en passant par Warhol.

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L’homme a plusieurs talents. Il peint, il dessine, il sculpte.

De par son style mystérieux, même mystique, Khnopff est devenu chef de file d’un courant artistique qui va marquer l’histoire de l’art en Europe : le symbolisme.

Peintre de l’intime, de l’énigmatique, du rêve, du beau, il gagnera très vite un succès international, avant de tomber dans l’oubli durant plusieurs années.

Ses sujets sont presque toujours des femmes.

Mais alors que ses contemporains aiment les dessiner nues, en objets du désir masculin, Khnopff se concentre sur les visages.

Carrés,

aux lèvres fines,

au teint pâle à la limite du fantomatique et à

l’expression neutre,

les traits de ses sujets sont presque androgynes.

On a du mal à distinguer la femme du jeune homme.

Il faut dire que si Khnopff a ses modèles de prédilection, principalement sa sœur Margueritte, il n’hésite pas à leur ajouter une petite touche personnelle, souvent de son propre visage, comme ses yeux bleu délavé.

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Il aura pour sa sœur cadette un amour inconditionnel, presque une obsession. Lorsque Margueritte arrêtera de poser pour lui après son mariage, il continuera à donner ses traits à ses sujets.

La vie d’artiste

Fernand Khnopff naît le 12 septembre 1858 près de Dendermonde, en Flandre orientale. Issu d’une famille bourgeoise, il passe son enfance à Bruges, la "ville morte" comme il le dira lui-même – il dessinera d’ailleurs la cité abandonnée et sous eaux – .

Il déménage à Bruxelles lorsque son père, substitut du procureur, y est muté.

La famille Khnopff s’installe dans le quartier Léopold, à quelques rues du Cinquantenaire et du zoo de Bruxelles (l’actuel parc Léopold), des endroits prisés de la bonne société bruxelloise. C’est aussi là que réside la diaspora anglaise, présente depuis 1815 et Waterloo.

Fernand sera fortement inspiré par la culture anglaise de l’époque. Plusieurs de ses œuvres portent des noms anglophones (I lock my door upon myself ou encore Memories) et certains sujets y sont également reliés (comme cette sculpture intitulée Jeune femme anglaise). L’homme sera également proche du mouvement préraphaélite qui s’épanouit Outre-Manche.

Khnopff fait ses armes à l’Académie des Beaux-Arts, contre l’avis de son père qui le voit magistrat. Il y est en même temps qu’un certain James Ensor.

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Les deux artistes s’estiment, mais un conflit les divisera quelques années plus tard, lorsqu’Ensor accusera Khnopff de plagiat.

L’affaire n’empêche pas le succès de Khnopff auprès de la bourgeoisie belge.

Il paraît même que Félicien Rops fut jaloux du succès de son condisciple. Ses œuvres sont commandées pour orner les plus riches demeures, comme le Palais Stoclet, véritable pépite d’Art Déco construit en 1905 et aujourd’hui classé à l’UNESCO.

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Son tableau "Recluse" s’y trouve toujours aujourd’hui.
En 1896, il peint ce qui sera son tableau le plus connu, Des caresses.  (le plus connu)

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 Sur un format allongé assez inhabituel, il représente un androgyne et un sphinx enlacés l’un à l’autre. La créature mi-femme mi-léopard a une fois de plus les traits de Marguerite. Il s'inspire du mythe d’Œdipe et du Sphinx, un sujet prisés des symbolistes.

Mais l’artiste connaît également un succès fulgurant à l’international, surtout grâce à la "Sécession viennoise", ce courant artistique austro-allemand proche de l’Art Nouveau. En 1898, il expose à Vienne, où les grands noms de la Sécession viennent admirer et s’inspirer de ses mystérieux portraits de femmes. Parmi eux, un certain Gustav Klimt.

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Pour Khnopff, issu d’une famille d’immigrés autrichiens, c’est presque un retour aux sources.

Khnopff innove aussi au niveau de la technique. Il fait confiance à la photographie, un procédé alors en pleine expansion. Il peint à partir de clichés de sa sœur ou de paysages de Bruges, et va même jusqu’à faire prendre en photo ses propres œuvres, pour recolorier par-dessus et les vendre comme des estampes. Touche à tout, il conçoit aussi des costumes pour la Monnaie de Bruxelles.

Avant cela, c’est lui qui dessinera les plans de son atelier, proche du bois de la Cambre, qu’il veut grandiose et mystérieux. Il le surnommera son "temple du Moi", qu’il veut bâtir à son image : étrange, solitaire, ésotérique.

Ce projet lui est tellement personnel, qu’il refuse même que Victor Horta s’en occupe.

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Il préfère s’inspirer du travail de son ami Paul Hankar,

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et surtout du "Jugendstil" (mot allemand pour Art Nouveau) autrichien pour rendre palpable, architectural, son repli sur soi. Car c’est dans cet hôtel à son idéal que le peintre s’isole du monde pour vivre dans son univers romantique et rêvé.

En 1908, sur le tard, il épouse une femme de 16 ans plus jeune. Il a 50 ans, elle en a 34. Mais c’est un échec.

Ils ne vivent qu’un an et demi ensemble, et font annuler le mariage en 1911. Il ne laissait même pas son épouse accéder à son atelier. Fernand est et restera un solitaire toute sa vie, et ce malgré les nombreuses amitiés qu’il a liées.

L’héritage du maître

Le 12 novembre 1921, Fernand Khnopff meurt à l’âge de 63 ans des suites d’une opération chirurgicale qui tourne mal. Lorsque le journal La Nation belge annonce sa mort, le journaliste écrit :

Fernand Khnopff s’était construit, à côté du Bois, une maison de marbre dans laquelle il vivant en ermite de la beauté. Mais s’il s’entendait garder jalousement sa solitude quand il se trouvait dans son ermitage, cela ne veut point dire qu’il était un misanthrope. Au contraire. Il sortait beaucoup et fréquentait du monde. C’est une des raisons pour lesquelles son souvenir sera entouré d’aussi unanimes regrets.

Ses funérailles ont lieu à Saint-Josse, en présence de personnalités comme les politiques Emile Vandervelde et Jules Destrée, ainsi que de nombreux artistes. Et bien sûr de sa chère sœur Marguerite, qui gardera jalousement une partie des œuvres de son frère jusqu’à la fin de sa vie, en ce compris son célèbre portrait. Fernand est inhumé au cimetière de Laeken.

Son atelier si particulier sera rasé dans les années 1930 suite à une triste histoire de succession.

Bruxelles perd ainsi un chef-d’œuvre architectural unique, parce que jugé démodé. (on croit rever) 

Mais c’est bien l’héritage pictural de Khnopff qui laissera des traces indélébiles dans l’art contemporain international, même s'il aura fallu attendre les années 1970 pour qu'il revienne sur le devant de la scène et dans les salles d'exposition

Les portraits de femmes de Klimt, connus dans le monde entier, sont directement inspirés des femmes "khnopffiennes".

Mais plus important encore, Khnopff a ouvert la voie au monde de l’imaginaire, du rêve, de l’irréel. Un chemin dans lequel s’engouffreront les Surréalistes belges, en commencant par Paul Delvaux et René Margritte.

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